Je suis officiellement une centrafricaine

Ceci est l’histoire d’une Camerounaise qui va représenter son pays à un forum sous regional sur la prevention des conflits liés aux discours de haine en Afrique Centrale. Durant le séjour, elle découvre substantiellement la ville de Bangui pour la première fois. Loin des informations affolantes véhiculées, elle découvre une autre facette de cette capitale où les habitants charbonnent au quotidien pour survivre face au coût élevé de la vie.

L’histoire démarre par un mercredi ensoleillé dans la ville de Douala. Il est un peu plus de 16 heures quand je reçois un coup de fil. Non. Que dis-je ? Plusieurs coups de fil. Un du vice-président et les autres du président de l’Association des blogueurs du Cameroun, dont je suis membre fondateur.

Mes conversations avec le président ne durent jamais plus de 30 secondes. Ce jour, il n’a pas dérogé à cette règle. « Dis ! Tu as un passeport à jour ? Oui président ! Il expire quand ? Je suppose la durée de vie d’un passeport camerounais car je l’ai renouvelé cette année. Ok ! Tu es bilingue ? Tu peux te déplacer d’ici le 25 hors du pays ?  Oui prési… » avant la fin du mot …dent, mon interlocuteur avait déjà raccroché. Quelques minutes s’égrainent. Mon téléphone crépite à nouveau. Moi : Oui président. « C’est ok. Tu as été sélectionnée par les Nations Unies pour aller représenter l’Association lors d’un forum sur les discours de haine. Un personnel de là-bas va te contacter ».

Se loger, toute une histoire

Le contact se manifeste effectivement quelques minutes plus tard. Puis, silence. Les jours passent. La date du voyage approche.  À 4 jours du départ, on n’a pas encore le billet d’avion. La bonne nouvelle tombe le vendredi. Il faut donc s’inscrire pour pouvoir passer le test covid. Oui oui, monsieur corona est toujours d’actualité. Bon, juste sur les papiers (rire). Samedi, les organisateurs lâchent une autre info sur les modalités pratiques. Le point qui attire mon attention indique que chaque participant se loge et se nourrit une fois sur place. Les déjeuners se feront sur le site du forum. Une dotation journalière et une liste d’hôtels dits « Secure » figure dans la note. Les prix de ça !!!

J’ai deux jours pour me trouver un logement à Bangui. Panique ! A part les informations sur les attaques des rebelles, je n’ai rien d’autres. La dernière attaque qui ciblait le président centrafricain après son bref passage doualais comme à chaque fois qu’il sort ou entre dans son pays est encore frais dans ma tête. Démarre alors une course contre la montre. Je fais le tour des hôtels proposés par les organisateurs sur internet. La chambre la moins chère sur la liste est à près de 50.000 Fcfa. Je tourne et retourne sur booking. Les images que je vois ne me rassurent pas. Je passe en revue mes contacts. Tiens ! Bachir va souvent en RCA. J’explore sa piste. Il me donne un contact en me rassurant qu’il va m’aider et qu’il attend d’ailleurs mon appel. À plus de 20 heures Bachir ? Tu es sûr que je peux l’appeler à cette heure ?

C’est écrit influenceur sous le contact que j’ai reçu. Il me rassure et je lance l’appel. Mon interlocuteur me promet de me trouver un logement et me donne rendez-vous dimanche. Il est 22 heures le dimanche 24 avril 2022. Toujours aucun signe de mon interlocuteur. Ma « hiérarchie » me convainc de faire une réservation sur booking. (Erreur 404 à ne point commettre. Plus bas je vais vous expliquer pourquoi.) Je prends une réservation à l’hôtel Levy’s. Mais, pas toujours rassurée. Je multiplie mes chances et contacte un fact-chekeur avec qui j’ai fait un panel le 1er avril. Ce qu’il me propose ne me convient pas. Mais il est déjà temps de prendre l’avion au départ de Douala pour la Rca.

Bienvenue à Bangui la coquette

Il est 17 heures 20 minutes quand le vol KP 034 de la compagnie Asky foule le tarmac de l’aéroport international de Bangui M’poko. Le ciel est couvert de nuages gris, d’une large bande de couleur rouge et de rayons jaunâtres. Normal. Le soleil s’apprête à se coucher. Sur le tarmac, on se croirait dans une scène de 24 heures Chrono où Jack Bauer va en mission en Afghanistan. Les jets, aéronefs et hélicoptères stationnés sur la piste sont tous estampillés U.N. On en compte par dizaine sur plusieurs rangées. Une fois sur terre, place aux formalités d’entrée. Du service sanitaire à la police de frontière, tout se passe bien. Le processus se déroule dans une pièce d’à peine 25 m2. À la vue du passeport camerounais, les agents sont très expéditifs.

25 minutes. C’est le temps pris pour les formalités et la sortie de l’aéroport. Sur la façade avant de l’aérodrome, quelques véhicules sont garés çà et là. Des 4×4 et quelques cars estampillés U.N attendent des voyageurs. Parmi eux, notre navette. Je suis les traces de deux confrères repérés dans la salle d’attente de l’aéroport de Douala quelques minutes plus tôt. L’un est resté bloqué au service des visas et l’autre me fait signe que le car garé est le nôtre. Je monte et prend place. Nous sommes à présent 3 dans le véhicule. Les minutes s’égrainent. On attend le confrère bloqué depuis.

17 heures 56 minutes. Les quelques échoppes sur le parking ont déjà fermé boutique. Quelques enfants de la rue trainent. Ils accostent les voyageurs pour quémander de quoi se nourrir en langue locale. La voiture grouille de moustiques qui se précipitent pour nous souhaiter la bienvenue à leur façon. Le retardataire arrive enfin mais, on va devoir trainer encore. Certains participants au forum arrivés un jour avant, ont atterri à Bangui et Asky a laissé leur bagage à Lomé. Ils cherchent à savoir si notre vol a ramené les sacs. Peine perdue. L’aéroport est déjà fermé, apprennent-ils.

Une nuit mouvementée 

La nuit est déjà tombée sur la capitale de la République centrafricaine quand nous empruntons le chemin qui mène vers nos hôtels respectifs. Le conducteur essaye de trouver son chemin sur une route en caillasse. Dans le véhicule, on fait connaissance. Le confrère arrivé un jour plus tôt nous partage son premier jour. Son récit ne cesse d’augmenter ma panique. Nous roulons encore et encore. Premier arrêt. Hôtel la couronne. Le passager de cet hôtel descend et la voiture poursuit son chemin.

Deuxième arrêt, hôtel Levy’s. Le fait de remarquer qu’il est situé non loin de la caisse nationale de sécurité sociale m’a rassurée. Je descends du bus et me rends compte que l’autre dame avec nous dans le véhicule est aussi à destination. Un Ouf de soulagement. Je ne serais pas seule. Une fois nos bagages à terre, le chauffeur remet les clés sur le contact et disparait dans la nuit noire de Bangui. Un monsieur élancé de teint bien sombre avance vers nous et nous propose de prendre nos sacs. Nous traversons la grande barrière et tombons sur un immeuble avec une façade un peu délabré. La terrasse grouille d’hommes, la plupart de race blanche.

La réception donne sur la terrasse. Celui qui transportait nos valises les dépose là et se retire. Ici, un monsieur d’un certain âge nous accueille. En face de lui se tient un autre homme. Celui-ci est vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon bleu marine. Il porte des baskets aux pieds. Dès que j’indique au réceptionniste que nous avons fait des réservations ici, le monsieur en chemise blanche m’interrompt et me demande c’est vous Armelle Sitchoma ? Panique totale. Ma vie a commencé a défilé devant moi. Mille et une questions m’ont traversé l’esprit. Qui est-il ? Qu’ai-je fait ? Comment me connait-il pour m’appeler nommément dans un pays où je pose les pieds pour la première fois ?

Si la suite de l’aventure t’intéresse n’hésite pas à me le faire savoir en commentaire

La suite au prochain numéro… j’attends vos commentaires de motivation😌😇😌

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29 Responses

  1. C est le commencement d une nouvelle vie et il faut la frontière avec beaucoup de courage et de détermination
    Bonne chance pour la suite intéressant

  2. Hmmmm…..ma p’tite Carly….quelle belle plume tu as! Je veux connaître la suite de l’histoire 😁
    Bisous à toi là bas.

  3. Quelle belle récit !
    J’ai envie de crier mais la suite.
    Merci beaucoup Armelle. Hâte de découvrir la suite.

  4. Aahahhahaha j’aime bien l’hitoire quand tu arrives dans cet aeroport hors norme, qui a une heure de fermeture, rien que des jets de L’UN, des MSF, Du CICR tu comprends aisement mieux la situation. T’as pas vu des civils traverser la piste?

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