L’organisation spécialisée dans l’impact des données et le registre et statistiques de l’état civil a rassemblé les professionnels des médias de l’Afrique francophone autour d’un atelier sur la question les 10-12 mars 2025 à Abidjan en Côte d’ivoire.
Le sous-enregistrement à l’état civil reste de nos jours un fléau notoire dans le monde. La population africaine n’est pas en reste. Pourtant, selon les chercheurs Michel Garenne et Benjamin Zanou dans la revue L’ÉTAT CIVIL EN AFRIQUE : QUE PEUT-ON EN TIRER ?’, l’enregistrement systématique des naissances, des décès et des changements d’état matrimonial, apparaît comme une nécessité pour un état moderne. Pour eux, l’état civil joue deux fonctions. Celle administrative en fournissant les documents légaux prouvant l’existence des personnes et leur statut matrimonial. Et la fonction statistique qui permet en comptabilisant les événements, de suivre l’évolution de la population et d’analyser celle de la fécondité, de la mortalité ainsi que de la nuptialité.
Plusieurs statistiques présentent le sombre tableau. Suivant le rapport 2023 de l’Identification For Developpement (ID4D) de la Banque mondiale, environ 850 millions de personnes dans le monde sont sans papiers d’identité officiels. Faute d’un enregistrement à l’état civil. Les données publiées en octobre 2022 par la division des données, de l’analytique, de la planification et du suivi de l’UNICEF renseigne que l‘Afrique compte 116 millions d’enfants de moins de 5 ans sans acte de naissance. Avec 91 millions d’enfants non enregistrés et 25 millions d’enfants dont la naissance est déclarée comme enregistrée sans qu’il y ait de preuve d’acte de naissance. Au Cameroun, la situation n’est guère reluisante. 1.290 931 élèves ont été répertoriés comme étant sans acte de naissance au cours de l’année scolaire 2024/2025.


Pour dénoncer les inégalités
Pourtant, l’enregistrement de tous les faits d’état civil pour tous les individus est nécessaire. Ceci afin de protéger les droits humains, comme le souligne Samuel Kamwa. C’est ce document qui donne une existence à un être humain et par ricochet, un statut juridique dans la société. Le coordonnateur pays du programme Data impact chez Vital strategies, s’exprimait ainsi au cours de l’atelier de formation des journalistes de la région de l’Afrique francophone sur l’utilisation efficace des données dans le journalisme de santé publique avec un focus sur l’enregistrement à l’état civil et les statistiques de l’état civil (ESEC).
L’atelier de trois jours qui s’est tenu du 10 au 12 mars 2025 à Abidjan en Côte d’ivoire, était une initiative de « Data for health » de Bloomberg Philanthropies. L’un des nombreux programmes de Vital Strategies qui vise à relever les défis en renforçant la collecte et l’utilisation d’informations essentielles en matière de santé publique. Le programme Data Impact est l’un des quatre programmes de l’initiative et collabore avec les gouvernements afin d’accroître leur utilisation des données pour la priorisation des questions de santé, l’élaboration de politiques et de programmes, le suivi de l’impact et la communication avec les parties prenantes. Il a permis d’outiller la vingtaine de journalistes sur comment accroître l’utilisation et la communication des données de l’état civil ainsi que les statistiques y afferentes.
« Si les données que vous incluez sont exactes et pertinentes en lien avec le thème central de l’article, elles peuvent renforcer considérablement non seulement votre article mais également être utilisées pour dénoncer les inégalités au niveau national et international», souligne Samuel Kamwa. Car, les systèmes d’enregistrement et statistique de l’état civil fonctionnels sont le meilleur moyen pour les gouvernements d’obtenir des données précises et actualisées sur la population, y compris sur les causes de décès.
Les journalistes outillés
Cette formation à l’intention des journalistes venus du Niger, de la Centrafrique, du Burkina Faso, de la Guinée Conakry, du Sénégal, du Bénin, de la République démocratique du Congo et du Cameroun, a permis à la vingtaine de participants de repartir avec des notions clés.
Afin de permettre à chaque État, d’augmenter les taux d’enregistrement des faits d’état civil, de réduire le taux de mortalité dus à des maladies spécifiques, d’améliorer l’espérance de vie et de réduire les inégalités en matière de santé entre autres.
Ils sont désormais prets pour, promouvoir l’utilisation des données ESEC pour mettre en évidence les inégalités et l’amélioration des systèmes de santé publique. Les participants ont aussi acquis des connaissances pour interpréter et analyser les données de l’enregistrement et les statistiques de l’état civil afin de raconter des histoires attrayantes ainsi que les sites où trouver lesdites données.