Le manioc dégusté en fast-food

C’est le résultat du travail de jeunes ingénieurs camerounais qui produisent Fariblé, une mixtion de semoule de manioc et de blé dure.

Les graines sont onctueuses. Le goût épicé. Le mélange entre la farine et la sauce avec de l’eau bouillante donne une saveur que nous connaissons presque tous. 7minutes suffisent pour avoir de résultat. Un riz sauté à la façon de grand-mère. Son secret, 20 épices. Des épices sélectionnées aux quatre coins du Cameroun pour concocter un délice qui agrémente les palais. C’est le fariblé avec sa sauce njinga. Une mixtion de 80% de semoule de blé dure et 20% de semoule de manioc précuite. Accompagné de 20 condiments locaux mis en sachets par voie électronique. Un produit alimentaire mis sur le marché de la consommation par la société Alpha Food depuis novembre 2019.

Fariblé vient en quelque sorte offrir aux Camerounais une nouvelle façon de se nourrir. Pour le promoteur, le produit répond aux exigences de salubrité, de distanciation sociale et d’individualité que recommande la nouvelle façon de vivre pour éviter la propagation du covid19, dont les chiffres de contamination ne cessent de croître. « Imaginez-vous à une cérémonie. Une fête ou un deuil. C’est au moment de manger que la plupart des mesures barrières sont foulées au sol. Les gens ne respectent plus ni port de masque, ni distanciation. Même éternuer dans le coude, non. Si chacun a son pack de fariblé qu’il peut déguster sans avoir à détruire ces barrières, ce serait un plus », vante Mérimé Eke, le directeur d’usine de Alpha Food.

L’idée de départ était de transformer le tubercule de manioc en un produit fini. Après 15 années de travail, l’entreprise Alpha Food, spécialisée dans la transformation alimentaire locale a alors mis sur pied Farima. Une semoule 100% manioc transformée en de l’express bio food.

L’ingéniosité des Camerounais en action

Une fois sur le site d’Alpha Food, situé en face de l’école régionale de sécurité incendie à Saint Michel dans le 3ieme arrondissement de Douala, le manioc est passé au tri, épluché, lavé et râpé. Tout ceci grâce à une cinquantaine d’appareils dont 80% ont été conçus et fabriqués par des ingénieurs camerounais.

en couleurs les 4 serres qui permettent se faire des réserves de matières premières pour 6 mois au moins.

Le matin de ma visite, malgré la pluie qui s’abat sur la citée capitale, les ingénieurs que le responsable de l’usine ne cesse de vanter sont déjà à pied d’œuvre. Tranche d’âge estimé à 25-35 ans. Dans leur combinaison bleue, plusieurs s’attèlent à la fabrique de soudure métallique. L’usine qui est implantée sur une surface d’environ 2 hectares laisse apprécier ce savoir-faire qui a donné forme à des machines modernes et automatiques. « Certaines machines viennent en pièces détachées et on les rassemble ici. La production est mécanique. Quelques services minimes comme la pose des codes-barres restent manuels. Les machines installées peuvent traiter tous les féculents du macabo au riz en passant par l’igname et la patate», explique Mérimé Eke.

Les 4 serres aux couleurs vert-rouge-jaune-gris, installés au coin de l’usine ont une capacité de 1200 millilitres. Ces citernes permettent à l’usine de stocker la matière première pendant 6 mois au moins. Ce dispositif vise à éviter le manque de matières premières.

La rareté du manioc

Le manioc est une denrée très prisée au Cameroun. Il se consomme sous plusieurs formes. Cru, séché, pate, farine et en tubercule. Selon une étude d’Emmanuel Tolly réalisée en 2013 sur l’amélioration de la commercialisation et de transformation du manioc au Cameroun, la filière manioc est le premier féculent de la ration alimentaire des Camerounais du sud et le deuxième au niveau national.

1ere machine fabriquée en 1995 pour sécher le manioc à la bonne température. Elle pèse 10 tonnes

Sa demande va grandissante et l’offre s’amenuise au fil des ans malgré la diversité des catégories d’acteurs. Une situation qui a poussé les responsables d’Alpha Food à revoir leur stratégie. « Il y a une multitude de qualités de manioc. Plus de 200. Nous cherchons la qualité 80-24 qui est compliquée à cultiver et pas prisée par les ménages. »

Compte tenu de la durée de vie très réduite du tubercule de manioc, l’entreprise se ravitaille pour le moment sur une ceinture de 100 km autour de l’usine de transformation qui comprend le bassin d’Edéa, Yabassi et le Moungo. « On privilégie les producteurs qui peuvent amener le manioc de manière continue et en bon état », précise-t-il. L’usine consomme 250 tonnes de  manioc à l’heure l’équivalent de 300 hectares. Selon les responsables d’Alpha Food, ils ont commis des ingénieurs agronomes à travailler de façon à pousser la production du manioc 80-24 qui est de 15kg à l’hectare pour la culture sauvage à atteindre 25 tonnes à l’hectare. Une fois ce cap atteint, fariblé redeviendra Farima, une semoule 100% manioc.

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