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Elles brisent les chaînes du silence

Dans un documentaire intitulé 《Les prisonnières du silence》, la réalisatrice Laetitia Loé permet à des femmes victimes de viols et de violences conjugales de s’évader.

Le film est en projection le 6 mars à Canal Olympia de Bessengue à Douala. Une manière pour la réalisatrice d’inviter la question des viols et abus subis par les femmes et les filles dans le débat du 8 mars 2019.

Le rideau s’ouvre peu à peu sur la scène. Les premières images font froid dans le dos. Berthy, 35 ans, raconte son calvaire. Elle a subi son premier abus sexuel à l’âge de 5 ans par un grand cousin. Il l’a violée jusqu’à ses 6 ans. Alors qu’elle assimile encore ce qui lui arrive, un autre grand cousin de la famille de passage à la maison recommence avec la sale besogne ; alors qu’elle n’a que 7 ans.

Caroline est âgée de 36 ans aujourd’hui. Quand elle fait un flashback 24 ans en arrière, elle grelotte et des pleurs s’en suivent. En fait, elle a été abusée à 12 ans par un voisin qui était en même temps son répétiteur. Ce dernier lui faisait croire que c’est par le sexe que s’exprimait son amour de père de substitution. A peine elle se relève de ce traumatisme qu’elle tombe à 25 ans sur un conjoint violent. Arrive alors la phase des violences conjugales. Ce conjoint aujourd’hui son ex, l’a frappée au point de lui déchirer le tympan.

Comme Berthy et Caroline, le nombre de jeunes filles et femmes victimes de viol, d’inceste et de violences conjugales est effroyable.

432.000 femmes et filles ont été victimes de viol en 10 ans au Cameroun.

Selon une étude menée par le Programme Germano-Camerounais de Santé SIDA, (PGCSS/GIZ) sur le viol et l’inceste au Cameroun en partenariat avec le RENATA (Réseau National des Tantines), sur une population de 37 719 filles et femmes, 5,2 % sont victimes de viol, dont 18 % sont des cas d’inceste. 12 % des victimes ont moins de 10 ans au moment du viol. Selon le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, 55% des filles et femmes camerounaises ont connu au moins une forme de violence dans leur vie.

11 enfants violés par mois

Des chiffres qui ne cessent de croitre comme affirme Haingo Ada Manga, la coordonatrice de l’association de lutte contre les violences faites aux femmes :

« les statistiques sont de plus en plus conséquentes, pas parce que la violence prend de l’ampleur ; mais parce que les femmes dénoncent davantage.

Seulement, les services spécialisés pour les prendre en charge et les centres d’urgence pour les accueillir manquent. Au bureau de l’association de lutte contre les violences faites aux femmes à Yaoundé, nous avons en moyenne 8 nouveaux cas de dénonciation par mois et nous faisons en sorte que ces femmes soient prises en charge. Concernant les cas des enfants, nous avons en partenariat avec l’Unicef, un projet pilote pour la protection des enfants. Chaque mois nous recevons au minimum 11 nouveaux cas d’enfants victimes de violence. Beaucoup plus de jeunes filles victimes de violences sexuelles.»

Le film « Les prisonnières du silence » vient donc sonner la cloche. L’objectif du documentaire d’1h vise à multiplier les témoignages pour aider les femmes à sortir des différentes prisons. Le visuel de la campagne en dit long. Le visage totalement déformé de la femme est comme une tumeur. « Une tumeur que les femmes portent sur le visage et tout le monde sait qu’elle est là. Tout le monde voit la souffrance mais le sujet choque trop. Le sujet est sensible et on préfère tourner la tête », explique Laetitia Loé.

Un miroir de la société

Le projet « Les prisonnière du silence » est une campagne de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et le viol en particulier. Cette campagne c’est l’engagement de grandes agences de communication telles que Mc Cann, Easy Group, Global Outdoor et Brainbow pour dire «FINI LES CHUUUT : SE TAIRE C’EST ETRE COMPLICE DU VIOL.»

Née de l’initiative de la réalisatrice et productrice Laetitia Loe, ancienne publicitaire reconvertie, en partenariat avec l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF) antenne du Centre, l’objectif de la campagne est d’inviter la question des viols et abus régulièrement subis par les femmes et les filles dans le débat du 8 mars, journée internationale de la femme. De poser des questions qui vont au-delà des soulèvements et des glissements de kabas. Le documentaire est un miroir de la société camerounaise.

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