Nos routes, ces caisses à  sous mal entretenues

Chaussée transformée en piscine. Crédit photo: Armelle Sitchoma
Chaussée transformée en piscine. Crédit photo: Armelle Sitchoma

Le Cameroun compte 47 postes de péages disséminés dans les 10 régions du pays. Les recettes engrangées par ces postes ont rapporté un peu plus de 6 milliards dans les caisses de l’état en 2015. Selon la loi du 07 avril 1996 portant protection du patrimoine routier national, le péage constitue l’une des taxes parmi tant d’autres du secteur routier. On dénombre, entre autres, le pesage routier, la taxe à  l’essieu, la redevance d’usage de la route, les pénalités et amendes administratives issues de la lutte contre les fraudes dans ce secteur. « L’argent collecté est reversé dans les caisses de l’état via le ministère des Finances. Ces recettes sont déposées dans le compte du Fonds routier qui assure le financement des programmes de protection du patrimoine routier national, la prévention et la sécurité routière, l’entretien du réseau routier et la réhabilitation et l’aménagement des routes », explique un responsable au ministère des Finances. Au Fonds routier, on affirme que le montant mis à  leur disposition passe de 50 à  70 milliards cette année.

D’après la loi de finance 2016 en son article 11, les charges du budget général de la République du Cameroun pour l’exercice 2016 sont évaluées à  4 234 700 000 000 de FCfa. Sur ce budget, le ministère des Travaux Publics s’en tire (en tête) avec 403 931 000 000 de  FCfa et celui des Transports avec 8 772 000 000 FCfa. Le ministère des Travaux publics alloue 658 710 154 FCfa en autorisation d’engagement et crédits de paiement à  la construction des routes et autres infrastructures et 167 676 310 FCfa pour la maintenance des routes et autres infrastructures donc pour améliorer l’état des infrastructures routières. Au ministère des Transports, 8 008 442 FCfa sont affectés au développement et la réhabilitation des infrastructures de base à  savoir améliorer les conditions et coà»ts de transport en faisant accroître la mobilité.

Crédit photo: Armelle Sitchoma. Etat piteux du péage routier de Mbanga
Etat piteux du péage routier de Mbanga. Crédit photo: Armelle Sitchoma

Vu l’état de nos routes vous allez certainement me demander où va tout cet argent ? Ne cherchez pas la réponse chez moi. Je me pose cette question chaque fois que j’emprunte l’axe lourd. La plupart des routes pour ne pas dire toutes sont dégradées et jonchées de nids de poule. Les postes de péage ne sont pas exempts de tout reproche. Au contraire, dans ce schéma, ce sont plutà´t de vrais cas d’école. Tenez ! Un tour vite fait au péage et au pesage d’Edéa. Pour le premier cas, le péage, les trous sur la chaussée obligent tous les conducteurs à  ralentir. Ce qui crée d’énormes embouteillages. Oui ! Une fois j’ai fait 3 heures pour partir du panneau qui affiche bienvenue à  Edéa pour la traversée du péage. Une distance de moins de 100 mètres pourtant. Le pesage quant à  lui, n’a plus de bitume. Traverser ce pesage est un calvaire au point où une déviation a été faite. Ce qui ne rend pas toujours la tà¢che facile. Bafia dans la région du Centre, Mbanga dans le Littoral, Bayangam, Bandja à  l’Ouest ne sont pas en reste. Pourtant « Le triangle national Douala-Yaoundé-Bafoussam-Douala rapporte à  lui seul 80% des recettes des postes de péage et pesages », indique  un responsable au programme de sécurisation des recettes routières, instance chargée de la gestion des péages.

un creux dans la chaussée. Crédit photo: Armelle Sitchoma
Un creux dans la chaussée. Crédit photo: Armelle Sitchoma
La chaussée divisée en deux. Crédit photo: Armelle Sitchoma
La chaussée divisée en deux. Crédit photo: Armelle Sitchoma

Si la vie avait un prix à  combien l’achèterez-vous ? Je crois que pour les ordonnateurs en charge de l’entretien de notre patrimoine routier national, vos vies, avec la mienne y comprise ne valent rien. Si elles valaient quelque chose, notre réseau routier ne serait pas en si piteux état. Nos routes produisent des milliards par an et rien n’est fait pour les aménager. Depuis l’instauration du péage au Cameroun en 1995, rien n’a été fait pour l’arrimer à  la modernité. Dernièrement pour ne pas dire 21 ans après, l’Etat à  travers le ministère des Travaux Publics a lancé un appel public à  manifestation d’intérêt pour la construction, l’équipement, l’exploitation et la maintenance de 14 postes automatiques de péage sur certaines routes bitumées du réseau national. Comme quoi mieux vaut tard que jamais.

Maquette péage routier automatisé. Crédit photo: Ministère des Travaux Publics
Maquette péage routier automatisé. Crédit photo: Ministère des Travaux Publics

A cause de ce manque d’entretien, plusieurs personnes ont déjà  perdu la vie sur nos routes dès suite d’accident de la circulation. A chaque décès auprès de nous, pour se consoler, on a coutume de dire « la vie n’est rien », je puis vous assurer que même si la vie n’est rien, rien ne vaut la vie.

« Ce billet est ma contribution dans le cadre de la campagne #StopAuxAccidentsRoutiers » Demain, mercredi 28 septembre 2016, retrouvez le prochain billet de la campagne rédigé par Kemayou Tchakounté dans son blog   http://matango.mondoblog.org/edito/matango-club/

Armelle Nina Sitchoma